Lexpression marraine de guerre dĂ©signe les femmes ou les jeunes filles qui entretiennent des correspondances avec des soldats au front durant la PremiĂšre Guerre mondiale afin de les soutenir moralement, psychologiquement voire affectivement.Il s'agissait souvent de soldats livrĂ©s Ă eux-mĂȘmes, ayant par exemple perdu leur famille. La marraine de guerreDans âLa Grande Guerre 1914- 1918 tĂ©moignage de la vie quotidienne dâun poiluâ, Michel Le Goff a compilĂ© les lettres d'HervĂ© Le Coz, de Plouvien, Ă son Ă©pouse depuis le front. Par RĂ©daction CĂŽtĂ© Brest PubliĂ© le 5 Avr 21 Ă 1004 ©Dialogues.Vous pensiez avoir tout lu sur la PremiĂšre Guerre mondiale ? Michel Le Goff, membre de lâAgip Association guipavasienne pour lâidentitĂ© et le patrimoine, va vous prouver le contraire avec cet ouvrage dont le titre complet est La Grande Guerre 1914- 1918 tĂ©moignage de la vie quotidienne dâun lettres dâHervĂ© Le CozCe livre de 700 pages compile les lettres quâHervĂ© Le Coz, originaire de Plouvien, avait adressĂ©es depuis le front Ă son Ă©pouse comme le dit Goulcâhan Kervella dans la postface, ces missives forment un ensemble cohĂ©rent qui couvre toutes les annĂ©es de guerre et mĂȘme un peu aprĂšs». Elles constituent donc un document dâautant plus prĂ©cieux quâil est excessivement rare quâune famille de poilu ait conservĂ© une correspondance aussi notes historiques sur le conflit permettent de resituer les missives dâHervĂ© Le Coz dans leur pratiques Michel Le Goff, TĂ©moignage de la vie quotidienne dâun poilu, Ă©ditions Skolig al Louarn. Prix 15 article vous a Ă©tĂ© utile ? Sachez que vous pouvez suivre CĂŽtĂ© Brest dans lâespace Mon Actu . En un clic, aprĂšs inscription, vous y retrouverez toute lâactualitĂ© de vos villes et marques favorites.
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Quatre ans d'horreur, de visions macabres et de sang qui coule. Mais aussi des heures Ă attendre dans les tranchĂ©es, des moments d'ennuis, de doutes, puis de rĂ©confort au moment de lire les mots de sa bien-aimĂ©e, son frĂšre ou sa marraine. Certains soldats de la PremiĂšre Guerre mondiale se sont mĂȘme montrĂ©s poĂštes dans la douleur, au moment de partager leurs pensĂ©es avec leurs proches. Leurs essais, ceux qui n'Ă©taient pas censurĂ©s, se sont souvent retrouvĂ©s dans la presse de l'Ă©poque, comme une chronique de la Grande Guerre, vue de l' la veille de la cĂ©lĂ©bration du centenaire de l'armistice, RetroNews, le site de presse de la BibliothĂšque nationale de France BNF, nous ouvre ses archives afin de picorer dans ces Ă©crits d'oĂč jaillissaient parfois l'espoir, l'amour et l'humour ! Lorsque tu reviendras, je te gĂąterai de caresses⊠» C'est vĂȘtu comme un ours [âŠ] ça attend sa marmite [âŠ] C'est informe, innommable et souvent plein de poux. C'est un poilu, madame⊠et c'est votre Ă©poux ! » Ce 18 aoĂ»t 1916, le journal Le Radical publie en brĂšve ces quelques lignes d'un homme Ă qui le front n'a visiblement pas enlevĂ© sa comme celui-lĂ , un certain Paquito, dont la lettre Ă sa douce - en colĂšre - est publiĂ©e dans Le XIXe siĂšcle ChĂšre petite femme, ta derniĂšre lettre m'apprend que la Censure a mis le nez dans ta correspondance et je crois deviner, Ă te lire, combien tu es ennuyĂ©e de cet accident et pĂ©niblement surprise de voir ainsi violer notre intimitĂ© et nos tendres secrets⊠HĂ©las, Mienne chĂ©rie, [âŠ] c'est la guerre ! Il n'y a plus Ă s'Ă©tonner de rien », Ă©crit d'abord le soldat, qui poursuit en imaginant, avec humour, que le censeur est peut-ĂȘtre un ecclĂ©siastique choquĂ© de leurs manifestations de tendresse⊠Et d'en conclure sa lettre en pied de nez Ă son potentiel lecteur intrus Cher trĂ©sor adorĂ©, Ă©cris-moi toujours de bien amoureuses missives qui me sont ici le meilleur souvenir des heures de bonheur que nous avons vĂ©cues. Je te rĂ©pondrai toujours. Et la peste soit sur le censeur ! Reçois, Ă sa barbe, les plus doux baisers de ton mari qui t'adore. »Avec une telle relecture, les coquineries doivent ĂȘtre discrĂštes, et imagĂ©es. Lorsque tu reviendras de tes froides tranchĂ©es, de tes boyaux sanglants, ĂŽ mon pauvre adorĂ©, pour te faire oublier tes rudes chevauchĂ©es, tes douleurs, ton cafard, ce calvaire abhorrĂ©, que je te gĂąterai de suaves caresses, que je te donnerai tous mes soins les plus doux, revivant en un jour nos premiĂšres ivresses en te couvrant, chĂ©ri, des baisers les plus fous ! » Bien qu'intitulĂ© Lettre d'une femme Ă son mari », ces quelques phrases publiĂ©es dans Le Ver Luisant en janvier 1918 ne sont que l'expression du fantasme d'un soldat poĂšte, le sergent AndrĂ© Soriac, reconnu Ă l'Ă©poque par ses pairs pour la musique de ses les Ă©crits enthousiastes des soldats sont dĂ©tournĂ©s pour faire la propagande d'une guerre qui dure⊠Comme ce 23 fĂ©vrier 1916 dans Le Matin, dans une compilation de morceaux choisis intitulĂ©e La confiance de nos soldats ». Du fond des tranchĂ©es, nous jugeons⊠» Note bien que si, pour avoir la victoire, il fallait encore se lancer dans la fournaise, nous sommes toujours prĂȘts Ă y entrer ! » aurait ainsi Ă©crit l'un d'eux. Et l'article de conclure Chacun, suivant son tempĂ©rament, exprime sa foi imperturbable en l'avenir de la patrie. »Quelques rĂ©flexions politiques filtrent toutefois. Comme ce 7 dĂ©cembre 2015 dans le journal Le SiĂšcle Du fond des tranchĂ©es, nous jugeons les Ă©vĂ©nements de notre politique extĂ©rieure en nous Ă©loignant, chaque jour davantage, du point de vue qui semble prĂ©dominer dans les milieux gouvernementaux. [âŠ] La plus abominable violence est dĂ©chaĂźnĂ©e contre nous [âŠ] En dĂ©pit des conventions internationales qu'elle avait signĂ©es, l'Allemagne emploie contre nos soldats des gaz asphyxiants, elle maltraite les prisonniers de guerre, leur donne une nourriture insuffisante, les contraint Ă des travaux de dĂ©fense contre nous-mĂȘmes [âŠ] et pourtant dans les sphĂšres dirigeantes de Paris, on affecte des scrupules pour user de reprĂ©sailles ou tirer parti de toutes les armes qui peuvent concourir Ă notre dĂ©fense », accuse un homme qui signe L'Ancien ».Et certains de partager leur rĂ©jouissance de la fin de la guerre, comme ce soldat en permission qui Ă©crit Ă un camarade restĂ© au front Je regrette presque d'avoir eu ma permission au moment de la victoire. J'aurais voulu ĂȘtre avec vous, pour entendre chuinter le dernier obus et claquer la derniĂšre balle de mitrailleuse. [âŠ] Nous aurions trinquĂ© ensemble. [âŠ] Comme j'ai pensĂ© Ă vous en lisant les journaux⊠[âŠ] Vraiment oui, vous avez dĂ» ĂȘtre heureux. L'ennemi capitule. Nous avons la victoire complĂšte. Et vous y entrerez, en Allemagne, Parbleu ! »
Vous nâavez pas pu et ne pourrez pas y Ă©chapper, dans quelques jours, nous fĂȘterons le centenaire de lâarmistice de 1918, un siĂšcle que cette boucherie atroce a cessĂ©, sans empĂȘcher, malheureusement, dâautres conflits dâapparaĂźtre ensuite, et dâaugmenter encore le nombre des morts. Nous aurons droit, une fois encore, Ă toutes ces images de tranchĂ©es, dâobus qui explosent, de gueules cassĂ©es, de sang et de larmes. Nous aurons droit Ă ces commentaires lancinants, touchants, chargĂ©s de tristesse ou dâespoir⊠Le seul moyen de survivre au milieu du chaos, de ne pas sombrer dans lâhorreur de la mort, de lâodeur des cadavres, du froid, de la pluie, de la faim et de la peur, câĂ©tait de prendre un crayon et un feuillet de papier et de sâĂ©chapper, dâaller rejoindre par la pensĂ©e, Ă lâautre bout du fil des mots, celle quâon aimait. Oui, sâil existe un havre dâamour, câest bien dans ces millions de lettres que tous ces hommes ont envoyĂ©es Ă leur femme, leur mĂšre, leur sĆur ou leur fiancĂ©e. Ămile Sauvage faisait partie de ceux-lĂ . NĂ© Ă Caderousse puis habitant Ă Sorgues, en Vaucluse, il a dâabord Ă©tĂ© ingĂ©nieur, ce qui Ă 30 ans passĂ©s, lui avait permis de voyager, au Maghreb, entre autres, de voir le monde, dâautres cultures. Il est parti comme beaucoup en aoĂ»t 1914, lui, câĂ©tait Ă Avignon, pour un regroupement sur la cĂŽte, Ă Beaulieu, ce qui lui fera dire Ă sa femme Il ne me manque que toi, Clairette ! Si tu Ă©tais lĂ , nous tirerions deux fauteuils lâun contre lâautre et, bien moelleusement assis, nous causerions de toutes les jolies choses que nous aimons. » Ămile Sauvage va, bien entendu, se rapprocher du front, doucement, car grĂące Ă son Ăąge, il nâest pas en premiĂšre ligne dĂšs le dĂ©part. Cela lui laissera le temps dâenvoyer 150 lettres Ă Clairette, quâil signera Ton Moumouye ». Il lâaidera Ă gĂ©rer la ferme familiale, choisir les semailles Il ne faut pas semer des Ă©pinards dans lâaire, câest une terre trop maigre. Le lĂ©gume ne fera rien. Il faut au contraire semer dans le jardin entre les lignes de millet et il faudra mettre beaucoup de fumier dans le jardin. », lâaider Ă prĂ©parer sa grossesse. Il la plaindra, elle qui reste lĂ , Ă tout faire seule, alors que pour lui⊠tout va bien⊠Je mâhabille bien et nâai pas froid. Nous sommes trĂšs bien nourris, la table est toujours garnie comme pour les jours de fĂȘte. ». Il minimisait le danger, se jouant des situations Ce vacarme inquiĂ©tait les Allemands qui envoyaient des fusĂ©es Ă©clairantes et nous avons assistĂ© Ă un vĂ©ritable feu dâartifice. CâĂ©tait trĂšs joli Ă voir et pas dangereux du tout. » Il comparera les modes de cultures entre la Champagne et la Provence, ouvrant toujours ses mots vers un avenir meilleur, un aprĂšs⊠Par-dessus tout, il lui Ă©crira des lettres dâamour, toutes plus tendres et enflammĂ©es les unes que les autres. Je suis fou, Clairette, fou de bonheur et dâespoir. Quelque chose chante dans mon cĆur. Il me semble que ta lĂšvre effleure la mienne, que ton corps glisse dans mes bras. » Alors, vois-tu, plus je vais et plus je suis amoureux de toi, et il me semble de ton cĂŽtĂ© que câest la mĂȘme chose et que nous nous aimerons de plus en plus Ă mesure que nous vieillirons. Est-ce que tu ne rĂȘves pas de moi quelquefois ? Il ne te semble pas la nuit que je suis Ă cĂŽtĂ© de toi, que je te serre bien fort, que nos deux cĆurs se frĂŽlent. Je ne sais pas ce que je ferai pour te faire plaisir, ni quelle caresse je pourrai te donner pour te caresser plus encore. » Et quand il terminera ses lettres ainsi, on comprendra combien le lien dâamour est le seul qui les garde en vie et ne fait pas vaciller sa raison Quand tu mâĂ©criras, dis-moi un peu des choses amoureuses et alors je prendrai ton portrait dâune main et ta lettre de lâautre et il me semblera que je te fais la cour. Maintenant je vais mâendormir en pensant Ă toi, le joli rĂȘve que je vais faire ! Que de bĂ©cots je vais te faire toute la nuit ! Papa Moumouye. » Il y aurait tant Ă dire sur ce recueil de lettres⊠tant dâĂ©motion, tant dâamour, tant de tendresse. Lorsque vous ouvrirez Lettres du Front, vous lirez Ămile Sauvage sur la couverture. Peut-ĂȘtre quâen le refermant, il sera devenu Ămile, cet aĂŻeul que nous avons tous perdu dans les tranchĂ©es. Dominique Lin Lettres du Front, nouvelle Ă©dition augmentĂ©e 2018, collection MĂ©moires premiĂšres lettres en ligne, cliquer ici ISBN 978-2-911137-63-1 â 160 pages, format 210 X 240 mm Pour les plus jeunes, nous vous conseillons, dans la collection Ă©lan J, Grand-pĂšre Ă©tait dragon, de Denise DĂ©jean, illustrĂ© par Nathalie Desperches Boukhatem. RĂ©sumĂ© En arrivant en cours dâannĂ©e dans sa nouvelle Ă©cole, Jean est intimidĂ©. Il bĂ©gaie et les autres se moquent de lui. Câest en faisant un devoir donnĂ© par Babette, son institutrice, que lâenfant dĂ©couvre quâun de ses arriĂšre-grands-pĂšres Ă©tait⊠dragon. ISBN 978-2-911137-62-4. 32 pages quadri - 10 ⏠Chronique prĂ©cĂ©dente Des pissenlits sur ma tombe, Jean-Philippe Chabrillangeas, Ă©d. Elan Sud
Cm1cm2 Lecture - ComprĂ©hension - Lettre d'un poilu Lettre d'un poilu Le 3 aoĂ»t 1914, l'Allemagne dĂ©clare la guerre Ă la France. Tous espĂšrent que les hostilitĂ©s seront de courte durĂ©e mais le conflit se prolonge. Cette guerre moderne, pour laquelle on met au point de nouvelles armes redoutables, durera quatre ans et laissera derriĂšre elle des millions de Vues 733 Lettre dâun poilu Ă sa femme La sentence est tombĂ©e je vais ĂȘtre fusillĂ© pour lâexemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus dâobtempĂ©rer. » Le 30 mai 1917 LĂ©onie chĂ©rie Jâai confiĂ© cette derniĂšre lettre Ă des mains amies en espĂ©rant quâelle tâarrive un jour afin que tu saches la vĂ©ritĂ© et parce que je veux aujourdâhui tĂ©moigner de lâhorreur de cette guerre. Quand nous sommes arrivĂ©s ici, la plaine Ă©tait magnifique. Aujourdâhui, les rives de lâAisne ressemblent au pays de la mort. La terre est bouleversĂ©e, brĂ»lĂ©e. Le paysage nâest plus que champ de ruines. Nous sommes dans les tranchĂ©es de premiĂšre ligne. En plus des balles, des bombes, des barbelĂ©s, câest la guerre des mines avec la perspective de sauter Ă tout moment. Nous sommes sales, nos frusques sont en lambeaux. Nous pataugeons dans la boue, une boue de glaise, Ă©paisse, collante dont il est impossible de se dĂ©barrasser. Les tranchĂ©es sâĂ©croulent sous les obus et mettent Ă jour des corps, des ossements et des crĂąnes, lâodeur est pestilentielle. Tout manque lâeau, les latrines, la soupe. Nous sommes mal ravitaillĂ©s, la galetouse est bien vide ! Un seul repas de nuit et qui arrive froid Ă cause de la longueur des boyaux Ă parcourir. Nous nâavons mĂȘme plus de sĂšches pour nous rĂ©conforter parfois encore un peu de jus et une rasade de casse-pattes pour nous rĂ©chauffer. Nous partons au combat lâĂ©pingle Ă chapeau au fusil. Il est difficile de se mouvoir, coiffĂ©s dâun casque en tĂŽle dâacier lourd et incommode mais qui protĂšge des ricochets et encombrĂ©s de tout lâattirail contre les gaz asphyxiants. Nous avons participĂ© Ă des offensives Ă outrance qui ont toutes Ă©chouĂ© sur des montagnes de cadavres. Ces incessants combats nous ont laissĂ© extĂ©nuĂ©s et dĂ©sespĂ©rĂ©s. Les malheureux estropiĂ©s que le monde va regarder dâun air dĂ©daigneux Ă leur retour, auront-ils seulement droit Ă la petite croix de guerre pour les dĂ©dommager dâun bras, dâune jambe en moins ? Cette guerre nous apparaĂźt Ă tous comme une infĂąme et inutile boucherie. Le 16 avril, le gĂ©nĂ©ral Nivelle a lancĂ© une nouvelle attaque au Chemin des Dames. Ce fut un Ă©chec, un dĂ©sastre ! Partout des morts ! Lorsque jâavançais les sentiments nâexistaient plus, la peur, lâamour, plus rien nâavait de sens. Il importait juste dâaller de lâavant, de courir, de tirer et partout les soldats tombaient en hurlant de douleur. Les pentes dâaccĂšs boisĂ©es, Ă©taient rudes .Perdu dans le brouillard, le fusil Ă lâĂ©paule jâerrais, la sueur dĂ©goulinant dans mon dos. Le champ de bataille me donnait la nausĂ©e. Un vrai charnier sâĂ©tendait Ă mes pieds. Jâai descendu la butte en enjambant les corps dĂ©sarticulĂ©s, une haine terrible sâemparant de moi. Cet assaut a semĂ© le trouble chez tous les poilus et forcĂ© notre dĂ©sillusion. Depuis, on ne supporte plus les sacrifices inutiles, les mensonges de lâĂ©tat major. Tous les combattants dĂ©sespĂšrent de lâexistence, beaucoup ont dĂ©sertĂ© et personne ne veut plus marcher. Des tracts circulent pour nous inciter Ă dĂ©poser les armes. La semaine derniĂšre, le rĂ©giment entier nâa pas voulu sortir une nouvelle fois de la tranchĂ©e, nous avons refusĂ© de continuer Ă attaquer mais pas de dĂ©fendre. Alors, nos officiers ont Ă©tĂ© chargĂ©s de nous juger. Jâai Ă©tĂ© condamnĂ© Ă passer en conseil de guerre exceptionnel, sans aucun recours possible. La sentence est tombĂ©e je vais ĂȘtre fusillĂ© pour lâexemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus dâobtempĂ©rer. En nous exĂ©cutant, nos supĂ©rieurs ont pour objectif dâaider les combattants Ă retrouver le goĂ»t de lâobĂ©issance, je ne crois pas quâils y parviendront. Comprendras-tu LĂ©onie chĂ©rie que je ne suis pas coupable mais victime dâune justice expĂ©ditive ? Je vais finir dans la fosse commune des morts honteux, oubliĂ©s de lâhistoire. Je ne mourrai pas au front mais les yeux bandĂ©s, Ă lâaube, agenouillĂ© devant le peloton dâexĂ©cution. Je regrette tant ma LĂ©onie la douleur et la honte que ma triste fin va tâinfliger. Câest si difficile de savoir que je ne te reverrai plus et que ma fille grandira sans moi. Concevoir cette enfant avant mon dĂ©part au combat Ă©tait une si douce et si jolie folie mais aujourdâhui, vous laisser seules toutes les deux me brise le cĆur. Je vous demande pardon mes anges de vous abandonner. Promets-moi mon amour de taire Ă ma petite Jeanne les circonstances exactes de ma disparition. Dis-lui que son pĂšre est tombĂ© en hĂ©ros sur le champ de bataille, parle-lui de la bravoure et la vaillance des soldats et si un jour, la mĂ©moire des poilus fusillĂ©s pour lâexemple est rĂ©habilitĂ©e, mais je nây crois guĂšre, alors seulement, et si tu le juges nĂ©cessaire, montre-lui cette lettre. Ne doutez jamais toutes les deux de mon honneur et de mon courage car la France nous a trahi et la France va nous sacrifier. Promets-moi aussi ma douce LĂ©onie, lorsque le temps aura lissĂ© ta douleur, de ne pas renoncer Ă ĂȘtre heureuse, de continuer Ă sourire Ă la vie, ma mort sera ainsi moins cruelle. Je vous souhaite Ă toutes les deux, mes petites femmes, tout le bonheur que vous mĂ©ritez et que je ne pourrai pas vous donner. Je vous embrasse, le cĆur au bord des larmes. Vos merveilleux visages, gravĂ©s dans ma mĂ©moire, seront mon dernier rĂ©confort avant la fin. EugĂšne ton mari qui tâaime tant Source Autrement-Vue Le 1er site dâinformation sur lâactualitĂ©. Retrouvez ici une info de la thĂ©matique Big Browser du 29 aoĂ»t 2013 sur le sujet CENSURE â Elle a mobilisĂ© huit millions de soldats sur le front, mais la Grande Guerre a bouleversĂ© l'existence de tous les Français. Et les plus belles lettres de Paroles de poilus Librio numĂ©ro 245 ne peuvent se lire sans les mots, en regard, de leurs familles, leurs compagnes, leurs enfants, leurs mĂšres. C'est l'objet de ce nouvel ouvrage de Jean-Pierre GuĂ©no. Marraines de guerre, soldats des colonies, fusillĂ©s, grĂ©vistes, planquĂ©s, PĂšre Pinard leurs lettres dessinent le quotidien interminable de l'ennui, de la boue, de l'incertitude au front. Simples soldats ou grands Ă©crivains, des anonymes Ă Guillaume Apollinaire ou Alain-Fournier, ces tĂ©moignages racontent la guerre Ă dimension humaine. PubliĂ© simultanĂ©ment dans une version illustrĂ©e aux Ă©ditions des ArĂšnes, ce recueil s'inscrit dans les manifestations de commĂ©moration de la guerre de GuĂ©no Jean-PierreEditeur J'AI LUDate de parution 12/10/2013Nombre de pages 189Dimensions x x savoir +Elle a mobilisĂ© huit millions de soldats sur le front, mais la Grande Guerre a bouleversĂ© l'existence de tous les Français. Et les plus belles lettres de Paroles de poilus Librio numĂ©ro 245 ne peuvent se lire sans les mots, en regard, de leurs familles, leurs compagnes, leurs enfants, leurs mĂšres. C'est l'objet de ce nouvel ouvrage de Jean-Pierre GuĂ©no. Marraines de guerre, soldats des colonies, fusillĂ©s, grĂ©vistes, planquĂ©s, PĂšre Pinard leurs lettres dessinent le quotidien interminable de l'ennui, de la boue, de l'incertitude au front. Simples soldats ou grands Ă©crivains, des anonymes Ă Guillaume Apollinaire ou Alain-Fournier, ces tĂ©moignages racontent la guerre Ă dimension humaine. PubliĂ© simultanĂ©ment dans une version illustrĂ©e aux Ă©ditions des ArĂšnes, ce recueil s'inscrit dans les manifestations de commĂ©moration de la guerre de GuĂ©no Jean-PierreEditeur J'AI LUDate de parution 12/10/2013Nombre de pages 189Dimensions x x / EAN f2091038-c5ef-4049-a647-beefeb0de9ab / 9782290074633 LES POILUS,. LETTRES ET TEMOIGNAGES DES FRANCAIS DANS LA GRANDE GUERRE 1914-1918, GuĂ©no Jean-PierreIl n'y a pas encore d'avis pour ce produit. Livraison Ă domicileEstimĂ©e le 03/09/2022 2,99⏠Pour les produits vendus par Auchan, votre commande est livrĂ©e Ă domicile par La Poste. Absent le jour de la livraison ? Vous recevez un email et/ou un SMS le jour de l'expĂ©dition vous permettant de confirmer la livraison le lendemain, ou de choisir une mise Ă disposition en bureau de poste ou Point Relais.Staline Un monde nouveau vu Ă travers un homme (1935) LĂ©nine et sa famille (1936) Lettres de Henri Barbusse Ă sa femme 1914-1917 (1937) Hommage. DĂšs sa mort, de nombreuses municipalitĂ©s baptisent de son nom des rues et des Ă©coles, qui sont encore, au XXI e siĂšcle, des vecteurs de sa mĂ©moire. Un musĂ©e lui est consacrĂ© Ă Aumont-en
Vues 734 Lettre dâun poilu Ă sa femme La sentence est tombĂ©e je vais ĂȘtre fusillĂ© pour lâexemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus dâobtempĂ©rer. » Le 30 mai 1917 LĂ©onie chĂ©rie Jâai confiĂ© cette derniĂšre lettre Ă des mains amies en espĂ©rant quâelle tâarrive un jour afin que tu saches la vĂ©ritĂ© et parce que je veux aujourdâhui tĂ©moigner de lâhorreur de cette guerre. Quand nous sommes arrivĂ©s ici, la plaine Ă©tait magnifique. Aujourdâhui, les rives de lâAisne ressemblent au pays de la mort. La terre est bouleversĂ©e, brĂ»lĂ©e. Le paysage nâest plus que champ de ruines. Nous sommes dans les tranchĂ©es de premiĂšre ligne. En plus des balles, des bombes, des barbelĂ©s, câest la guerre des mines avec la perspective de sauter Ă tout moment. Nous sommes sales, nos frusques sont en lambeaux. Nous pataugeons dans la boue, une boue de glaise, Ă©paisse, collante dont il est impossible de se dĂ©barrasser. Les tranchĂ©es sâĂ©croulent sous les obus et mettent Ă jour des corps, des ossements et des crĂąnes, lâodeur est pestilentielle. Tout manque lâeau, les latrines, la soupe. Nous sommes mal ravitaillĂ©s, la galetouse est bien vide ! Un seul repas de nuit et qui arrive froid Ă cause de la longueur des boyaux Ă parcourir. Nous nâavons mĂȘme plus de sĂšches pour nous rĂ©conforter parfois encore un peu de jus et une rasade de casse-pattes pour nous rĂ©chauffer. Nous partons au combat lâĂ©pingle Ă chapeau au fusil. Il est difficile de se mouvoir, coiffĂ©s dâun casque en tĂŽle dâacier lourd et incommode mais qui protĂšge des ricochets et encombrĂ©s de tout lâattirail contre les gaz asphyxiants. Nous avons participĂ© Ă des offensives Ă outrance qui ont toutes Ă©chouĂ© sur des montagnes de cadavres. Ces incessants combats nous ont laissĂ© extĂ©nuĂ©s et dĂ©sespĂ©rĂ©s. Les malheureux estropiĂ©s que le monde va regarder dâun air dĂ©daigneux Ă leur retour, auront-ils seulement droit Ă la petite croix de guerre pour les dĂ©dommager dâun bras, dâune jambe en moins ? Cette guerre nous apparaĂźt Ă tous comme une infĂąme et inutile boucherie. Le 16 avril, le gĂ©nĂ©ral Nivelle a lancĂ© une nouvelle attaque au Chemin des Dames. Ce fut un Ă©chec, un dĂ©sastre ! Partout des morts ! Lorsque jâavançais les sentiments nâexistaient plus, la peur, lâamour, plus rien nâavait de sens. Il importait juste dâaller de lâavant, de courir, de tirer et partout les soldats tombaient en hurlant de douleur. Les pentes dâaccĂšs boisĂ©es, Ă©taient rudes .Perdu dans le brouillard, le fusil Ă lâĂ©paule jâerrais, la sueur dĂ©goulinant dans mon dos. Le champ de bataille me donnait la nausĂ©e. Un vrai charnier sâĂ©tendait Ă mes pieds. Jâai descendu la butte en enjambant les corps dĂ©sarticulĂ©s, une haine terrible sâemparant de moi. Cet assaut a semĂ© le trouble chez tous les poilus et forcĂ© notre dĂ©sillusion. Depuis, on ne supporte plus les sacrifices inutiles, les mensonges de lâĂ©tat major. Tous les combattants dĂ©sespĂšrent de lâexistence, beaucoup ont dĂ©sertĂ© et personne ne veut plus marcher. Des tracts circulent pour nous inciter Ă dĂ©poser les armes. La semaine derniĂšre, le rĂ©giment entier nâa pas voulu sortir une nouvelle fois de la tranchĂ©e, nous avons refusĂ© de continuer Ă attaquer mais pas de dĂ©fendre. Alors, nos officiers ont Ă©tĂ© chargĂ©s de nous juger. Jâai Ă©tĂ© condamnĂ© Ă passer en conseil de guerre exceptionnel, sans aucun recours possible. La sentence est tombĂ©e je vais ĂȘtre fusillĂ© pour lâexemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus dâobtempĂ©rer. En nous exĂ©cutant, nos supĂ©rieurs ont pour objectif dâaider les combattants Ă retrouver le goĂ»t de lâobĂ©issance, je ne crois pas quâils y parviendront. Comprendras-tu LĂ©onie chĂ©rie que je ne suis pas coupable mais victime dâune justice expĂ©ditive ? Je vais finir dans la fosse commune des morts honteux, oubliĂ©s de lâhistoire. Je ne mourrai pas au front mais les yeux bandĂ©s, Ă lâaube, agenouillĂ© devant le peloton dâexĂ©cution. Je regrette tant ma LĂ©onie la douleur et la honte que ma triste fin va tâinfliger. Câest si difficile de savoir que je ne te reverrai plus et que ma fille grandira sans moi. Concevoir cette enfant avant mon dĂ©part au combat Ă©tait une si douce et si jolie folie mais aujourdâhui, vous laisser seules toutes les deux me brise le cĆur. Je vous demande pardon mes anges de vous abandonner. Promets-moi mon amour de taire Ă ma petite Jeanne les circonstances exactes de ma disparition. Dis-lui que son pĂšre est tombĂ© en hĂ©ros sur le champ de bataille, parle-lui de la bravoure et la vaillance des soldats et si un jour, la mĂ©moire des poilus fusillĂ©s pour lâexemple est rĂ©habilitĂ©e, mais je nây crois guĂšre, alors seulement, et si tu le juges nĂ©cessaire, montre-lui cette lettre. Ne doutez jamais toutes les deux de mon honneur et de mon courage car la France nous a trahi et la France va nous sacrifier. Promets-moi aussi ma douce LĂ©onie, lorsque le temps aura lissĂ© ta douleur, de ne pas renoncer Ă ĂȘtre heureuse, de continuer Ă sourire Ă la vie, ma mort sera ainsi moins cruelle. Je vous souhaite Ă toutes les deux, mes petites femmes, tout le bonheur que vous mĂ©ritez et que je ne pourrai pas vous donner. Je vous embrasse, le cĆur au bord des larmes. Vos merveilleux visages, gravĂ©s dans ma mĂ©moire, seront mon dernier rĂ©confort avant la fin. EugĂšne ton mari qui tâaime tant Source Autrement-VueLesmeilleures offres pour la DerniĂšre Lettre d'un Poilu Ă sa MĂšre & Ă sa Femme de Laborde Peintre 1914 WWI sont sur eBay Comparez les prix et les spĂ©cificitĂ©s des produits neufs et d'occasion Pleins d'articles en livraison gratuite!403 ERROR The Amazon CloudFront distribution is configured to block access from your country. We can't connect to the server for this app or website at this time. There might be too much traffic or a configuration error. Try again later, or contact the app or website owner. If you provide content to customers through CloudFront, you can find steps to troubleshoot and help prevent this error by reviewing the CloudFront documentation. Generated by cloudfront CloudFront Request ID pXTYBKUn4uIYIRQMCFTFMQ3tqgvcyGWjljNznSK0Lb-zsSScn8CrDA== Magnifiquelettre dâamour dâun homme Ă sa femme : Souffle coupĂ©. Tu Ă©tais si belle cette nuit quand je me suis rĂ©veillĂ© transpirant. Si belle de sĂ©rĂ©nitĂ©. Es-tu la derniĂšre ? Vais-je un jour ressentir le frĂ©missement dâune nouvelle histoire parcourir mon corps ? Ta peau est-elle la derniĂšre que je vais effleurer de mes doigts ? » LA SENTENCE EST TOMBĂE JE VAIS ĂTRE FUSILLĂ POUR LâEXEMPLE, DEMAIN, AVEC SIX DE MES CAMARADES, POUR REFUS DâOBTEMPĂRER. » LA SENTENCE EST TOMBĂE JE VAIS ĂTRE FUSILLĂ POUR LâEXEMPLE, DEMAIN, AVEC SIX DE MES CAMARADES, POUR REFUS DâOBTEMPĂRER. Le 30 mai 1917 LĂ©onie chĂ©rie, Jâai confiĂ© cette derniĂšre lettre Ă des mains amies en espĂ©rant quâelle tâarrive un jour afin que tu saches la vĂ©ritĂ© et parce que je veux aujourdâhui tĂ©moigner de lâhorreur de cette guerre. Quand nous sommes arrivĂ©s ici, la plaine Ă©tait magnifique. Aujourdâhui, les rives de lâAisne ressemblent au pays de la mort. La terre est bouleversĂ©e, brĂ»lĂ©e. Le paysage nâest plus que champ de ruines. Nous sommes dans les tranchĂ©es de premiĂšre ligne. En plus des balles, des bombes, des barbelĂ©s, câest la guerre des mines avec la perspective de sauter Ă tout moment. Nous sommes sales, nos frusques sont en lambeaux. Nous pataugeons dans la boue, une boue de glaise, Ă©paisse, collante dont il est impossible de se dĂ©barrasser. Les tranchĂ©es sâĂ©croulent sous les obus et mettent Ă jour des corps, des ossements et des crĂąnes, lâodeur est pestilentielle. Tout manque lâeau, les latrines, la soupe. Nous sommes mal ravitaillĂ©s, la galetouse est bien vide ! Un seul repas de nuit et qui arrive froid Ă cause de la longueur des boyaux Ă parcourir. Nous nâavons mĂȘme plus de sĂšches pour nous rĂ©conforter parfois encore un peu de jus et une rasade de casse-pattes pour nous rĂ©chauffer. Nous partons au combat lâĂ©pingle Ă chapeau au fusil. Il est difficile de se mouvoir, coiffĂ©s dâun casque en tĂŽle dâacier lourd et incommode mais qui protĂšge des ricochets et encombrĂ©s de tout lâattirail contre les gaz asphyxiants. Nous avons participĂ© Ă des offensives Ă outrance qui ont toutes Ă©chouĂ© sur des montagnes de cadavres. Ces incessants combats nous ont laissĂ© extĂ©nuĂ©s et dĂ©sespĂ©rĂ©s. Les malheureux estropiĂ©s que le monde va regarder dâun air dĂ©daigneux Ă leur retour, auront-ils seulement droit Ă la petite croix de guerre pour les dĂ©dommager dâun bras, dâune jambe en moins ? Cette guerre nous apparaĂźt Ă tous comme une infĂąme et inutile boucherie. Le 16 avril, le gĂ©nĂ©ral Nivelle a lancĂ© une nouvelle attaque au Chemin des Dames. Ce fut un Ă©chec, un dĂ©sastre ! Partout des morts ! Lorsque jâavançais les sentiments nâexistaient plus, la peur, lâamour, plus rien nâavait de sens. Il importait juste dâaller de lâavant, de courir, de tirer et partout les soldats tombaient en hurlant de douleur. Les pentes dâaccĂšs boisĂ©es, Ă©taient rudes .Perdu dans le brouillard, le fusil Ă lâĂ©paule jâerrais, la sueur dĂ©goulinant dans mon dos. Le champ de bataille me donnait la nausĂ©e. Un vrai charnier sâĂ©tendait Ă mes pieds. Jâai descendu la butte en enjambant les corps dĂ©sarticulĂ©s, une haine terrible sâemparant de moi. Cet assaut a semĂ© le trouble chez tous les poilus et forcĂ© notre dĂ©sillusion. Depuis, on ne supporte plus les sacrifices inutiles, les mensonges de lâĂ©tat major. Tous les combattants dĂ©sespĂšrent de lâexistence, beaucoup ont dĂ©sertĂ© et personne ne veut plus marcher. Des tracts circulent pour nous inciter Ă dĂ©poser les armes. La semaine derniĂšre, le rĂ©giment entier nâa pas voulu sortir une nouvelle fois de la tranchĂ©e, nous avons refusĂ© de continuer Ă attaquer mais pas de dĂ©fendre. Alors, nos officiers ont Ă©tĂ© chargĂ©s de nous juger. Jâai Ă©tĂ© condamnĂ© Ă passer en conseil de guerre exceptionnel, sans aucun recours possible. La sentence est tombĂ©e je vais ĂȘtre fusillĂ© pour lâexemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus dâobtempĂ©rer. En nous exĂ©cutant, nos supĂ©rieurs ont pour objectif dâaider les combattants Ă retrouver le goĂ»t de lâobĂ©issance, je ne crois pas quâils y parviendront. Comprendras-tu LĂ©onie chĂ©rie que je ne suis pas coupable mais victime dâune justice expĂ©ditive ? Je vais finir dans la fosse commune des morts honteux, oubliĂ©s de lâhistoire. Je ne mourrai pas au front mais les yeux bandĂ©s, Ă lâaube, agenouillĂ© devant le peloton dâexĂ©cution. Je regrette tant ma LĂ©onie la douleur et la honte que ma triste fin va tâinfliger. Câest si difficile de savoir que je ne te reverrai plus et que ma fille grandira sans moi. Concevoir cette enfant avant mon dĂ©part au combat Ă©tait une si douce et si jolie folie mais aujourdâhui, vous laisser seules toutes les deux me brise le cĆur. Je vous demande pardon mes anges de vous abandonner. Promets-moi mon amour de taire Ă ma petite Jeanne les circonstances exactes de ma disparition. Dis-lui que son pĂšre est tombĂ© en hĂ©ros sur le champ de bataille, parle-lui de la bravoure et la vaillance des soldats et si un jour, la mĂ©moire des poilus fusillĂ©s pour lâexemple est rĂ©habilitĂ©e, mais je nây crois guĂšre, alors seulement, et si tu le juges nĂ©cessaire, montre-lui cette lettre. Ne doutez jamais toutes les deux de mon honneur et de mon courage car la France nous a trahi et la France va nous sacrifier. Promets-moi aussi ma douce LĂ©onie, lorsque le temps aura lissĂ© ta douleur, de ne pas renoncer Ă ĂȘtre heureuse, de continuer Ă sourire Ă la vie, ma mort sera ainsi moins cruelle. Je vous souhaite Ă toutes les deux, mes petites femmes, tout le bonheur que vous mĂ©ritez et que je ne pourrai pas vous donner. Je vous embrasse, le cĆur au bord des larmes. Vos merveilleux visages, gravĂ©s dans ma mĂ©moire, seront mon dernier rĂ©confort avant la fin. EugĂšne, ton mari qui tâaime tant. source CHRONIQUE- GrĂące Ă la tĂ©nacitĂ© d'une association, une famille a pu enterrer ce jeudi Ă Massiges, Ferdinand Guers, un poilu tuĂ© le 25 septembre 1915 lors de la PremiĂšre Guerre mondiale. Le 30 mai 1917LĂ©onie chĂ©rieJ'ai confiĂ© cette derniĂšre lettre Ă des mains amies en espĂ©rant qu'elle t'arrive un jour afin que tu saches la vĂ©ritĂ© et parce que je veux aujourd'hui tĂ©moigner de l'horreur de cette nous sommes arrivĂ©s ici, la plaine Ă©tait magnifique. Aujourd'hui, les rives de l'Aisne ressemblent au pays de la mort. La terre est bouleversĂ©e, brĂ»lĂ©e. Le paysage n'est plus que champ de ruines. Nous sommes dans les tranchĂ©es de premiĂšre ligne. En plus des balles, des bombes, des barbelĂ©s, c'est la guerre des mines avec la perspective de sauter Ă tout moment. Nous sommes sales, nos frusques sont en lambeaux. Nous pataugeons dans la boue, une boue de glaise, Ă©paisse, collante dont il est impossible de se dĂ©barrasser. Les tranchĂ©es s'Ă©croulent sous les obus et mettent Ă jour des corps, des ossements et des crĂÂąnes, l'odeur est manque l'eau, les latrines, la soupe. Nous sommes mal ravitaillĂ©s, la galetouse est bien vide ! Un seul repas de nuit et qui arrive froid Ă cause de la longueur des boyaux Ă parcourir. Nous n'avons mĂÂȘme plus de sĂšches pour nous rĂ©conforter parfois encore un peu de jus et une rasade de casse-pattes pour nous rĂ© partons au combat l'Ă©pingle Ă chapeau au fusil. Il est difficile de se mouvoir, coiffĂ©s d'un casque en tĂÂŽle d'acier lourd et incommode mais qui protĂšge des ricochets et encombrĂ©s de tout l'attirail contre les gaz asphyxiants. Nous avons participĂ© Ă des offensives Ă outrance qui ont toutes Ă©chouĂ© sur des montagnes de cadavres. Ces incessants combats nous ont laissĂ© extĂ©nuĂ©s et dĂ©sespĂ©rĂ©s. Les malheureux estropiĂ©s que le monde va regarder d'un air dĂ©daigneux Ă leur retour, auront-ils seulement droit Ă la petite croix de guerre pour les dĂ©dommager d'un bras, d'une jambe en moins ? Cette guerre nous apparaĂt Ă tous comme une infĂÂąme et inutile 16 avril, le gĂ©nĂ©ral Nivelle a lancĂ© une nouvelle attaque au Chemin des Dames. Ce fut un Ă©chec, un dĂ©sastre ! Partout des morts ! Lorsque j'avançais les sentiments n'existaient plus, la peur, l'amour, plus rien n'avait de sens. Il importait juste d'aller de l'avant, de courir, de tirer et partout les soldats tombaient en hurlant de douleur. Les pentes d'accĂšs boisĂ©es, Ă©taient rudes .Perdu dans le brouillard, le fusil Ă l'Ă©paule j'errais, la sueur dĂ©goulinant dans mon dos. Le champ de bataille me donnait la nausĂ©e. Un vrai charnier s'Ă©tendait Ă mes pieds. J'ai descendu la butte en enjambant les corps dĂ©sarticulĂ©s, une haine terrible s'emparant de assaut a semĂ© le trouble chez tous les poilus et forcĂ© notre dĂ©sillusion. Depuis, on ne supporte plus les sacrifices inutiles, les mensonges de l'Ă©tat major. Tous les combattants dĂ©sespĂšrent de l'existence, beaucoup ont dĂ©sertĂ© et personne ne veut plus marcher. Des tracts circulent pour nous inciter Ă dĂ©poser les armes. La semaine derniĂšre, le rĂ©giment entier n'a pas voulu sortir une nouvelle fois de la tranchĂ©e, nous avons refusĂ© de continuer Ă attaquer mais pas de dĂ© nos officiers ont Ă©tĂ© chargĂ©s de nous juger. J'ai Ă©tĂ© condamnĂ© Ă passer en conseil de guerre exceptionnel, sans aucun recours possible. La sentence est tombĂ©e je vais ĂÂȘtre fusillĂ© pour l'exemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus d'obtempĂ©rer. En nous exĂ©cutant, nos supĂ©rieurs ont pour objectif d'aider les combattants Ă retrouver le goĂ»t de l'obĂ©issance, je ne crois pas qu'ils y LĂ©onie chĂ©rie que je ne suis pas coupable mais victime d'une justice expĂ©ditive ? Je vais finir dans la fosse commune des morts honteux, oubliĂ©s de l'histoire. Je ne mourrai pas au front mais les yeux bandĂ©s, Ă l'aube, agenouillĂ© devant le peloton d'exĂ©cution. Je regrette tant ma LĂ©onie la douleur et la honte que ma triste fin va t' si difficile de savoir que je ne te reverrai plus et que ma fille grandira sans moi. Concevoir cette enfant avant mon dĂ©part au combat Ă©tait une si douce et si jolie folie mais aujourd'hui, vous laisser seules toutes les deux me brise le cĂ âur. Je vous demande pardon mes anges de vous mon amour de taire Ă ma petite Jeanne les circonstances exactes de ma disparition. Dis-lui que son pĂšre est tombĂ© en hĂ©ros sur le champ de bataille, parle-lui de la bravoure et la vaillance des soldats et si un jour, la mĂ©moire des poilus fusillĂ©s pour l'exemple est rĂ©habilitĂ©e, mais je n'y crois guĂšre, alors seulement, et si tu le juges nĂ©cessaire, montre-lui cette doutez jamais toutes les deux de mon honneur et de mon courage car la France nous a trahi et la France va nous aussi ma douce LĂ©onie, lorsque le temps aura lissĂ© ta douleur, de ne pas renoncer Ă ĂÂȘtre heureuse, de continuer Ă sourire Ă la vie, ma mort sera ainsi moins cruelle. Je vous souhaite Ă toutes les deux, mes petites femmes, tout le bonheur que vous mĂ©ritez et que je ne pourrai pas vous donner. Je vous embrasse, le cĂ âur au bord des larmes. Vos merveilleux visages, gravĂ©s dans ma mĂ©moire, seront mon dernier rĂ©confort avant la ton mari qui t'aime tant 5- Lettre de Katharina Hepburn Ă Spencer Tracy : "Tu nâas jamais su entrer dans ta propre vie" - La lettre d'amour pour un homme dĂ©funt. 4 fois rĂ©compensĂ©e par ses pairs par lâOscar de la meilleure actrice, Katharine Hepburn joua dans les plus grands classiques du cinĂ©ma amĂ©ricain. Eprise pour Spencer Tracy, lâimpossible duo se l'essentiel Manon Hoarau, une mĂ©diatrice culturelle, a retrouvĂ© lâannĂ©e derniĂšre dans une malle les lettres dâun poilu toulousain Ă sa femme. Son documentaire est Ă voir aujourdâhui Ă lâoccasion des cĂ©rĂ©monies commĂ©moratives du 11-Novembre. Câest un rĂ©cit captivant, touchant par sa proximitĂ©, que Manon Hoarau, une mĂ©diatrice culturelle, et le rĂ©alisateur Sylartichot proposent de dĂ©couvrir dans un web documentaire, Ă lâoccasion des cĂ©rĂ©monies commĂ©moratives de lâArmistice du 11 novembre 1918, cĂ©lĂ©brĂ©es virtuellement cette annĂ©e. Le coffre dans lequel Manon Hoarau a retrouvĂ© la longue correspondance de Joseph Avignon avec son Ă©pouse, Valentine. DR Il y a deux ans, cette jeune femme de 25 ans dĂ©couvre chez un brocanteur, au vide-greniers de Saint-Aubin, une malle renfermant de vieilles correspondances. "Une valise pleine de vieux papiers qui a piquĂ© ma curiositĂ©, raconte Manon Hoarau. Je ne sais pas pourquoi je me suis mise Ă fouiller et par un heureux hasard, jâai dĂ©couvert quâil sâagissait dâune correspondance entre un poilu mobilisĂ© sur le front et son Ă©pouse. Il sâagissait dâun certain Joseph Avignon, conducteur de tramway Ă Toulouse, et il raconte tout Ă sa femme, ne lui Ă©pargne aucun dĂ©tail sur les horreurs de la guerre. On sâattache Ă lui, Ă son rĂ©cit, on vit avec lui ses pĂ©riplesâŠ" Le soldat commence ses lettres par Ma chĂšre femme » ou Ma trĂšs chĂšre femme ». DR La correspondance sâarrĂȘte brutalement sur une lettre de son Ă©pouse, restĂ©e sans rĂ©ponse. Et pour cause, Joseph Avignon meurt le 25 janvier 1916 dans un hĂŽpital de la Marne des suites de ses graves blessures Ă la tĂȘte. Le jeune homme Ă©tait ĂągĂ© de 27 ans. "CâĂ©tait le jour oĂč il devait rentrer en permission. Jâai eu la larme Ă lâĆilâŠ" Câest un travail de fourmi que Manon Hoarau a accompli pour retracer la vie de ce soldat inconnu, qui avait sensiblement son Ăąge lorsquâil a Ă©tĂ© tuĂ© dans les tranchĂ©es. Cette histoire, elle a voulu non seulement la raconter dans un documentaire web, rĂ©alisĂ© par Sylartichot, mais aussi la restituer aux descendants du poilu. "Jâavais lâimpression de possĂ©der quelque chose qui ne mâappartenait pasâŠ"2 Le soldat commence ses lettres par Ma chĂšre femme » ou Ma trĂšs chĂšre femme ». DR De fil en aiguille, avec le concours dâune communautĂ© dâinternautes passionnĂ©s de la PremiĂšre Guerre mondiale et de gĂ©nĂ©alogie, elle retrouve un nom, Boutet, et un village, Cintegabelle. Et retrouve un descendant Alain Boutet, petit-fils de la sĆur de Joseph Avignon. "Il ne connaissait pas lâexistence de ces lettres, de son aĂŻeul non plus dâailleurs. Manifestement Joseph et sa sĆur nâavaient pas la mĂȘme mĂšreâŠ" Manon a restituĂ© la correspondance et avec le rĂ©alisateur Sylartichot, racontĂ© la saga du soldat Avignon, et sa mĂ©moire sauvĂ©e de lâoubli, dans un film de vingt minutes visible sur YouTube. "Il fallait en parler pour que ces lettres ne soient pas Ă nouveau oubliĂ©es et ne retournent dâici quelques annĂ©es dans un autre vide-greniersâŠ" Des cĂ©rĂ©monies sans public La commĂ©moration de lâArmistice du 11 novembre 1918 aura bien lieu aujourdâhui, Ă Toulouse, Ă 11 heures, au monument aux morts du boulevard Carnot. Mais, compte tenu des contraintes sanitaires et du confinement, la prĂ©fecture prĂ©cise que la cĂ©rĂ©monie nâest pas ouverte au public. Elle se dĂ©roulera dâailleurs en format restreint, sans la prĂ©sence de troupes. MalgrĂ© ce contexte, les bĂątiments publics sont pavoisĂ©s du 10 au 12 novembre. Ce 11 novembre marque le centenaire de lâinstallation de la tombe du Soldat inconnu sous lâArc-de-triomphe. Câest aujourdâhui Ă©galement quâa lieu la cĂ©rĂ©monie dâentrĂ©e de lâĂ©crivain Maurice Genevoix au PanthĂ©on. Ellesdormaient dans un carton Ă chaussures. Ces lettres du poilu Maurice Legrand viennent d'ĂȘtre dĂ©couvertes par sa famille qui nous les a confiĂ©es. Elles racontent les horreurs de la La senÂtence est tomÂbĂ©e je vais ĂȘtre fusillĂ© pour lâexemple, demain, avec six de mes camaÂrades, pour refus dâobtempĂ©rer. PenÂdant la PreÂmiĂšre Guerre monÂdiale, en France 2 400 poiÂlus » auront Ă©tĂ© condamÂnĂ©s Ă mort et 600 fusillĂ©s pour lâexemple, les autres voyant leur peine comÂmuĂ©e en traÂvaux forÂcĂ©s. Ces condamÂnaÂtions ont Ă©tĂ© proÂnonÂcĂ©es pour refus dâobĂ©issance, mutiÂlaÂtions volonÂtaires, dĂ©serÂtion, abanÂdon de poste devant lâennemi, dĂ©lit de lĂącheÂtĂ© ou mutiÂneÂrie en 1917. Cette estiÂmaÂtion de 600 fusillĂ©s pour lâexemple ne prend pas en compte les exĂ©ÂcuÂtions somÂmaires. Le PoiÂlu ne refuse pas de se battre mais il refuse dâattaquer Ă outrance. Ă Craonne, lors des sanÂglants assauts comÂmanÂdĂ©s par le gĂ©nĂ©Âral Nivelle, ce sont 30 000 hommes qui meurent en 10 jours et 100 000 sont blesÂsĂ©s. En 1918, en France comme chez les AlliĂ©s, on constate un dĂ©clin des exĂ©ÂcuÂtions. En effet, les comÂmanÂdeÂments miliÂtaires comÂprennent mieux lâĂ©tat menÂtal des solÂdats, les consĂ©Âquences du Shell-Shock », ce choc psyÂchoÂloÂgique proÂvoÂquĂ© par les condiÂtions de vie des solÂdats notamÂment sous les bombardements. AinÂsi, la lettre dâaÂdieu dâEugĂšne X tĂ©moigne de lâhorÂreur, fusillĂ© pour lâexemple, est dĂ©diĂ©e Ă son Ă©pouse et Ă sa fille Jeanne LĂ©oÂnie chĂ©rie Jâai confiĂ© cette derÂniĂšre lettre Ă des mains amies en espĂ©Ârant quâelle tâarÂrive un jour afin que tu saches la vĂ©riÂtĂ© et parce que je veux aujourdâÂhui tĂ©moiÂgner de lâhorÂreur de cette guerre. Quand nous sommes arriÂvĂ©s ici, la plaine Ă©tait magniÂfique. AujourdâÂhui, les rives de lâAisne resÂsemblent au pays de la mort. La terre est bouÂleÂverÂsĂ©e, brĂ»ÂlĂ©e. Le payÂsage nâest plus que champ de ruines. Nous sommes dans les tranÂchĂ©es de preÂmiĂšre ligne. En plus des balles, des bombes, des barÂbeÂlĂ©s, câest la guerre des mines avec la persÂpecÂtive de sauÂter Ă tout moment. Nous sommes sales, nos frusques sont en lamÂbeaux. Nous patauÂgeons dans la boue, une boue de glaise, Ă©paisse, colÂlante dont il est imposÂsible de se dĂ©barÂrasÂser. Les tranÂchĂ©es sâĂ©Âcroulent sous les obus et mettent Ă jour des corps, des osseÂments et des crĂąnes, lâoÂdeur est pestilentielle. Tout manque lâeau, les latrines, la soupe. Nous sommes mal raviÂtaillĂ©s, la galeÂtouse est bien vide ! Un seul repas de nuit et qui arrive froid Ă cause de la lonÂgueur des boyaux Ă parÂcouÂrir. Nous nâaÂvons mĂȘme plus de sĂšches pour nous rĂ©conÂforÂter parÂfois encore un peu de jus et une rasade de casse-pattes pour nous rĂ©chauffer. Nous parÂtons au comÂbat lâĂ©Âpingle Ă chaÂpeau au fusil. Il est difÂfiÂcile de se mouÂvoir, coifÂfĂ©s dâun casque en tĂŽle dâaÂcier lourd et incomÂmode mais qui proÂtĂšge des ricoÂchets et encomÂbrĂ©s de tout lâatÂtiÂrail contre les gaz asphyxiants. Nous avons parÂtiÂciÂpĂ© Ă des offenÂsives Ă outrance qui ont toutes Ă©chouĂ© sur des monÂtagnes de cadavres. Ces incesÂsants comÂbats nous ont laisÂsĂ© extĂ©ÂnuĂ©s et dĂ©sesÂpĂ©ÂrĂ©s. Les malÂheuÂreux estroÂpiĂ©s que le monde va regarÂder dâun air dĂ©daiÂgneux Ă leur retour, auront-ils seuleÂment droit Ă la petite croix de guerre pour les dĂ©domÂmaÂger dâun bras, dâune jambe en moins ? Cette guerre nous appaÂraĂźt Ă tous comme une infĂąme et inutile boucherie. Le 16 avril, le gĂ©nĂ©Âral Nivelle a lanÂcĂ© une nouÂvelle attaque au CheÂmin des Dames. Ce fut un Ă©chec, un dĂ©sastre ! ParÂtout des morts ! Lorsque jâaÂvanÂçais les senÂtiÂments nâexisÂtaient plus, la peur, lâaÂmour, plus rien nâaÂvait de sens. Il imporÂtait juste dâalÂler de lâaÂvant, de couÂrir, de tirer et parÂtout les solÂdats tomÂbaient en hurÂlant de douÂleur. Les pentes dâacÂcĂšs boiÂsĂ©es, Ă©taient rudes .PerÂdu dans le brouillard, le fusil Ă lâĂ©Âpaule jâerÂrais, la sueur dĂ©gouÂliÂnant dans mon dos. Le champ de bataille me donÂnait la nauÂsĂ©e. Un vrai charÂnier sâĂ©ÂtenÂdait Ă mes pieds. Jâai desÂcenÂdu la butte en enjamÂbant les corps dĂ©sarÂtiÂcuÂlĂ©s, une haine terÂrible sâemparant de moi. Cet assaut a semĂ© le trouble chez tous les poiÂlus et forÂcĂ© notre dĂ©sÂilluÂsion. Depuis, on ne supÂporte plus les sacriÂfices inutiles, les menÂsonges de lâĂ©Âtat major. Tous les comÂbatÂtants dĂ©sesÂpĂšrent de lâexisÂtence, beauÂcoup ont dĂ©serÂtĂ© et perÂsonne ne veut plus marÂcher. Des tracts cirÂculent pour nous inciÂter Ă dĂ©poÂser les armes. La semaine derÂniĂšre, le rĂ©giÂment entier nâa pas vouÂlu sorÂtir une nouÂvelle fois de la tranÂchĂ©e, nous avons refuÂsĂ© de contiÂnuer Ă attaÂquer mais pas de dĂ©fendre. Alors, nos offiÂciers ont Ă©tĂ© charÂgĂ©s de nous juger. Jâai Ă©tĂ© condamÂnĂ© Ă pasÂser en conseil de guerre excepÂtionÂnel, sans aucun recours posÂsible. La senÂtence est tomÂbĂ©e je vais ĂȘtre fusillĂ© pour lâexemple, demain, avec six de mes camaÂrades, pour refus dâobÂtemÂpĂ©Ârer. En nous exĂ©ÂcuÂtant, nos supĂ©Ârieurs ont pour objecÂtif dâaiÂder les comÂbatÂtants Ă retrouÂver le goĂ»t de lâoÂbĂ©isÂsance, je ne crois pas quâils y parviendront. ComÂprenÂdras-tu LĂ©oÂnie chĂ©Ârie que je ne suis pas couÂpable mais vicÂtime dâune jusÂtice expĂ©ÂdiÂtive ? Je vais finir dans la fosse comÂmune des morts honÂteux, oubliĂ©s de lâhisÂtoire. Je ne mourÂrai pas au front mais les yeux banÂdĂ©s, Ă lâaube, ageÂnouillĂ© devant le peloÂton dâexĂ©ÂcuÂtion. Je regrette tant ma LĂ©oÂnie la douÂleur et la honte que ma triste fin va tâinfliger. Câest si difÂfiÂcile de savoir que je ne te reverÂrai plus et que ma fille granÂdiÂra sans moi. ConceÂvoir cette enfant avant mon dĂ©part au comÂbat Ă©tait une si douce et si jolie folie mais aujourdâÂhui, vous laisÂser seules toutes les deux me brise le cĆur. Je vous demande parÂdon mes anges de vous abandonner. ProÂmets-moi mon amour de taire Ă ma petite Jeanne les cirÂconsÂtances exactes de ma disÂpaÂriÂtion. Dis-lui que son pĂšre est tomÂbĂ© en hĂ©ros sur le champ de bataille, parle-lui de la braÂvoure et la vaillance des solÂdats et si un jour, la mĂ©moire des poiÂlus fusillĂ©s pour lâexemple est rĂ©haÂbiÂliÂtĂ©e, mais je nây crois guĂšre, alors seuleÂment, et si tu le juges nĂ©cesÂsaire, montre-lui cette lettre. Ne douÂtez jamais toutes les deux de mon honÂneur et de mon couÂrage car la France nous a traÂhi et la France va nous sacrifier. ProÂmets-moi ausÂsi ma douce LĂ©oÂnie, lorsque le temps aura lisÂsĂ© ta douÂleur, de ne pas renonÂcer Ă ĂȘtre heuÂreuse, de contiÂnuer Ă souÂrire Ă la vie, ma mort sera ainÂsi moins cruelle. Je vous souÂhaite Ă toutes les deux, mes petites femmes, tout le bonÂheur que vous mĂ©riÂtez et que je ne pourÂrai pas vous donÂner. Je vous embrasse, le cĆur au bord des larmes. Vos merÂveilleux visages, graÂvĂ©s dans ma mĂ©moire, seront mon derÂnier rĂ©conÂfort avant la fin. EugĂšne ton mari qui tâaime tant 30 mai 1917